Mangeuse d'Art

Jérôme Bosch, star de l’été !

Le Jardin des Délices au Musée du Prado © Pablo Blazquez Dominguez – Getty Images - Sur exponaute.fr

Le Jardin des Délices au Musée du Prado © Pablo Blazquez Dominguez – Getty Images – Sur exponaute.com

Jerôme Bosch, le peintre à la mode de l’année, qui l’eût cru ? Peintre flamand du Moyen-âge, son exposition au Prado a battu tous les records de fréquentation ! Ce qui est drôle, c’est que ses tableaux hyper détaillés, qui décrivent les péchés et les travers des humains, sont sans cesse réinterprétés, et souvent complètement de travers. C’est ce décalage qui rend les choses intéressantes. 

Premier, deuxième, mystérieux degré ?

Par Jérôme Bosch (vers 1450–1516) or follower — www.museodelprado.es : Home : Info : Pic, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1170708

Par Jérôme Bosch (vers 1450–1516) or follower — www.museodelprado.es : Home : Info : Pic, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1170708

Aujourd’hui, nous aimons le côté décalé de ces scènes de débauche. Il est clair que dans ce style graphique, tout est étrange, tordu, torturé. On y sent souvent poindre l’ironie, c’est presque drôle. Au 19e siècle, on y voyait un manifeste pour un retour à la nature… Mais pas du tout : à une époque où l’on mourrait à 30 ans, les péchés et l’enfer, c’était une obsession, les tableaux de Bosch seraient plutôt 100% premier degré, et ce qu’on trouve intriguant était fait pour être terrifiant ! En tout cas, c’est ce que soutiennent certains historiens de l’art, car on sait finalement peu de choses sur le maître. La tendance actuelle serait de dire qu’avant la Renaissance, le poids de la religion et de la vertu demeuraient plutôt indépassables.
Par Pieter Huys (vers 1519–vers 1581) — http://art.rmngp.fr/en/library/artworks?k=huys, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8835611

Par Pieter Huys (vers 1519–vers 1581) — http://art.rmngp.fr/en/library/artworks?k=huys, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8835611

Comme le dit l’historien de l’art suisse Frédéric Elsig dans Télérama, « La fascination pour Bosch repose sur un malentendu. On pense, de manière tout à fait anachronique, qu’il était obsédé par l’image onirique et décalée. Mais ça n’est pas du tout ça »

Ouvert à toutes les associations

Un exemple de reprise actuelle : la peinture de Mark Ryden, qui a servi à la couverture de l’album « Dangerous » de Michael Jackson, et dont j’ai déjà parlé, reprend une partie du tableau « Le jardin des délices », et dans son ensemble, elle est une inspiration directe d’un de ses disciples, Peter Brueghel, avec sa toile « Les proverbes flamands ». Les mille interprétations possibles de l’artiste flamand collent pile poil avec la pop culture, ou l’art de tout récupérer pour le transformer en une esthétique grand public (ce qui me va très bien !).
Dans cette veine, on trouve sur Wikipédia une liste édifiante de réinterprétations de l’œuvre de Jérôme Bosch. Deap Purpe et Dead can dance ont repris son imagerie pour leurs couvertures d’album, et Jim Morrison, qui étudiait l’histoire médiévale européenne en 1963 (eh ben !), s’efforce de démontrer dans son mémoire que le peintre avait fait partie des « adamites », un mouvement religieux intermittent inspiré par la nostalgie de l’Éden, et qui a prôné entre autres la nudité comme mode de vie.

Je ne sais pas vous, mais il me semble que la critique de Bosch du genre humain et de son manque de sérieux en général, trouve un écho tout à fait croustillant à notre époque !

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Pour me suivre :
Facebookgoogle_pluspinterestrsstumblrinstagram

Vous aimerez aussi :

  • J'ai assisté il y a quelques mois à une conférence étrange et passionnante à la fois. Le thème : l'analyse du tableau de Mark Ryden, qui est aussi la couverture de l'album "Dangerous" de Michael Jackson. Étant [un tout petit peu] une fan de première heure, je découvre non seulement le lien entre le peintre et la star, mais aussi l'immense…
  • Retour sur une double exposition qui m'avait beaucoup plu en novembre et que je n'avais pas pris le temps de couvrir : "Fantastique !" au Petit Palais. Vous l'avez manquée ? C'est parfait, vous allez pouvoir vous promener entre les œuvres comme si vous y étiez. L'idée est brillante : concevoir une expo autour de la technique de l'estampe, ce…
  • Le Petit Palais a consacré une belle expo à l'estampe (le résultat imprimé d'une gravure), qui s'est terminée il y a maintenant deux mois. Après vous avoir présenté la première partie dédiée au japonais Kuniyoshi, voici la seconde partie : les maîtres de la gravure au 19e siècle, et leurs délires romantiques et macabres. Un univers que j'adore,  où les…
  • Cette semaine, j'ai assisté à une conférence au musée du Louvre sur Nicolas Poussin, puis je suis allée voir les œuvres en direct. C'était le pied. Je vous raconte ici ce que j'ai appris et vous aurez l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur "le peintre des peintres" en quelques minutes ! La star du classicisme français Il faut dire que…

Have your say