Mangeuse d'Art

Le washi, le papier aux 1000 usages

 

Photo : ohmyomiyage.wordpress.com

Photo : ohmyomiyage.wordpress.com

Le washi, littéralement « papier japonais », ouvre la porte à 1001 autres pratiques artistiques. A la base, je connaissais surtout la version scotch, le masking tape, dont je suis une adepte convaincue et que j’utilise pour absolument tout, même le petit bricolage. Ce papier est léger, fin au point d’être presque transparent, mais aussi très résistant. Avec en plus des motifs raffinés et un choix infini, c’est parfait pour les gens qui aiment tout personnaliser sans être très manuels.

Mais en entrant dans la boutique spécialisée de Montréal « Au papier japonais« , je ne m’attendais pas à trouver autant de richesse derrière ce sujet. J’étais ressortie avec mes achats sous le bras et une des notices mises à disposition « Pourquoi choisir le washi ? ». Notice que je n’ai pris le temps de lire que sur le chemin du retour. Et là, je suis tombée de mon fauteuil d’avion devant le niveau de sophistication du sujet.

Je vous propose de vous résumer ici ce que j’ai découvert, parce que décidément, le masking tape n’est qu’une infime partie de l’iceberg « washi ».

Papier japonais washi

Photo : http://inspirationsbystella.blogspot.fr

Washi : de quoi parle-t-on ?

Le washi est donc un papier fabriqué à la main dont on maîtrise l’art depuis 1300 ans. Forcément, vous imaginez que les techniques et les usages ont eu le temps d’être approfondis, au point que de nombreux arts écoulent directement de cette matière. Mais nous y reviendrons.

Contrairement à ce qu’on croit, et moi en premier, ce n’est pas du papier de riz, ce serait trop simple ! La fibre provient principalement de trois plantes différentes : le kozo (mûrier), le mitsumata et le gampi, des plantes japonaises indigènes. L’intérieur de ces écorces donne des fibres plus longues que celles des arbres. Alors que les fibres d’arbres utilisées pour le papier occidental sont taillées en petits morceaux, ici c’est la longueur et la qualité des fibres qui rendent le papier si résistant, et non son épaisseur.

fabrication washi

Photo : nipponconnection.fr

La fabrication du papier washi se fait à la main, selon une méthode qui demande « dévotion, patience et énergie physique ». Selon la boutique elle-même, « ce sont probablement ces raisons qui expliquent que seuls les japonais s’aventurent dans un processus si exigeant. » (!) En gros, les plantes sont mises à tremper pour pouvoir en retirer manuellement l’écorce interne, puis on nettoie, on broie et on étire le tout. On ajoute la fibre broyée à une solution fermentée, puis on mélange le tout à de la racine d’hibiscus fermentée (oui oui). On obtient une substance pâteuse qu’on étale sur une grille, et avec le coup de main, cette couche forme une feuille de papier, qu’il n’y a « plus qu’à » empiler et laisser sécher sur une planche de bois, au soleil ou sur un séchoir chauffant.

Quand vous touchez du washi, c’est tout ça qui passe sous les doigts : les fibres de plantes qui nous sont inconnues, le contact avec l’eau, le métal puis le bois, et le savoir-faire de la personne qui s’est penchée sur la pièce. Franchement, il y a beaucoup de marques de luxe qui tueraient pour pouvoir se vanter d’un tel niveau de finesse dans la conception.

Pourquoi le washi est la Rolls du papier

washi

Photo : ameliewashi.unblog.fr

Allons-y donc pour les propriétés : c’est bien avant tout un papier à la fois très résistant, mais délicat et translucide. On peut donc le manipuler comme on veut (coller, plier, peindre, chiffonner…) sans craindre de le déchirer. Je voulais pour ma part utiliser l’un des magnifiques motifs disponibles pour recouvrir une table basse. Je demande à la vendeuse si elle pense que ça résistera bien avec du vernis. Alors, elle m’emmène dehors pour me montrer un bout de la façade du magasin, sur lequel on a collé un pan de washi, sans même le vernir. Le collage date de l’hiver, on est en août : pas bougé… Autrefois, on revêtait même l’intérieur des armures avec du washi fabriqué avec des fibres de haute qualité !

Le washi absorbe aussi instantanément l’encre et la teinture, il donne un éclat particulier aux couleurs, c’est donc le support de prédilection pour tout obsédé des motifs qui se respecte, et dont je fais partie.

Le taux d’acidité du washi est faible : ça veut dire que sans agents de blanchiment et sans apprêt, la longévité de l’image imprimée est garantie. C’est aussi un papier qui résiste très bien à l’humidité. Au Japon, il existe encore des papiers imprimés millénaires qui sont dans un état de conservation impeccable.

1001 utilisations artistiques

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Si ce papier sait faire tout ça, en voici sa conséquence : on peut presque tout faire avec, il stimule l’imagination. Et en 1300 ans, l’Asie comme l’Europe ont eu le temps de faire de chacune des utilisations possibles un véritable art.

Puisque son absorption et sa longévité sont de qualité, le papier washi est le support idéal pour l’imprimerie en général, mais il s’adapte particulièrement à la gravure sur bois, la linogravure et la typographie, ainsi que le gaufrage pour créer du relief sur la matière. Rembrandt lui-même peignait ses eaux fortes sur du papier japonais. Et les inuits s’y sont mis récemment pour leurs estampes et impressions au pochoir…

En photographie, l’impression sur du washi révèle une image sous un jour nouveau. Il est aussi très utilisé comme toile de fond pour les portraits. Pour un designer ou un graphiste, c’est une matière haut de gamme pour toute communication sur papier (cartes de visite, rapports, invitations, emballages etc). Le scrapbooking, l’art de créer des albums photos, se fait rarement sans le washi, que ce soit pour fixer les photos, créer une couverture, décorer une page ou protéger les tirages.

origami washi

Photo : origami-shop.com

On continue : en collage, c’est une richesse inépuisable pour les artistes, vu l’infinité de papiers, couleurs et textures qui existent. Côté décoration, on se sert du washi pour fabriquer des paravents, des lampes et des stores, parce qu’il diffuse une lumière douce et agréable.

Et terminons par des arts qui sont devenus des institutions au Japon: la reliure, la calligraphie et l’origami. A votre avis, avec quoi fait-on la couverture des livres traditionnels et la remise à neuf des vieux ouvrages, et sur quoi le calligraphe pose-t-il son pinceau pour tracer un caractère parfait d’un seul trait ? Quant à l’origami, l’art du pliage, la bonne résistance du washi permet de créer de véritables sculptures de papier ou encore des cahiers et livres uniquement conçus en pliage (comme le livre accordéon).

Quand on regarde les ateliers proposés par la boutique, on a un bel aperçu de tout ce qu’on peut apprendre et découvrir en entrant par la porte « washi » : reliure japonaise, copte, cousue; fabrication de boîtes assemblées; transfert d’images; teinture végétale; art du découpage; pochoir; monotype; pliages; encrage et estampes… En ce qui me concerne, je les aurais bien tous fait…

washi tape

Photo : les-nouvelles-de-charlene.fr

 

Et vous voulez que je vous dise maintenant ? Nous n’avons fait que survoler le sujet. Par exemple, le washi n’est que le terme général pour la matière, mais en fait, chaque type de papier a son nom. Vous pourrez voir par exemple sur ce site spécialisé sur le japon, les trois variétés qui ont été classées au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. 400 familles pratiquent encore au Japon l’art de la fabrication traditionnelle du papier washi. Le support devient précieux, et pourtant toujours accessible pour un produit qui, à mes yeux, a toutes les propriétés d’un produit de luxe. Exemple, un grand pan de papier coûte environ 20$ chez Au papier japonais. Il suffit donc d’un petit budget et de quelques idées d’utilisation pour accéder à cet art, qui a le bon goût de se décliner en plein de petits loisirs créatifs, plus faciles à aborder.

washi

Photo : adelineklam.com

Le contenu « technique » de cet article vient en grande partie du texte de présentation produit par la boutique Montréalaise Au papier japonais. Je l’ai trouvé si passionnant que j’ai eu envie de le relayer, mais surtout n’hésitez pas à aller voir directement sur le site, et encore mieux à les visiter si vous passez par Montréal.

Il y a aussi une foule de passionnés qui postent des contenus intéressants sur le sujet. Pour visiter ceux qui m’ont aidée à faire ce sujet, cliquez sur les images pour accéder aux blogs, sites etc.

Au papier japonais
24 Fairmount West,
Montreal, Quebec H2T 2M1
http://aupapierjaponais.com

 

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    Tags: c'est, a, art, papier, collage, accessible

2 comments

  1. Sophie - 27 septembre 2016 10:32

    ou peut-on trouver ce papier en France? as-tu trouvé un site web ? J’aimerai en acheter en A4 pour imprimer dessus… je ne sais pas si c’est possible…

    Répondre
  2. MDA Mangeuse d'Art - 2 octobre 2016 11:36

    Salut Sophie, sans avoir fait une étude très poussée, j’ai trouvé la boutique-atelier d’Adeline Klam à Paris 11e : http://www.adelineklam.com
    C’est de son site que vient la superbe photo avec les papiers en noir et blanc.
    Les ateliers sont un peu plus « loisirs créatifs » que « cours artistique », mais aussi beaucoup moins chers que ceux de « Au papier japonais ». Et à la boutique tu trouveras sûrement les papiers qu »il te faut pour tes dessins.

    J’ai aussi trouvé pas mal de sites qui permettent de commander en ligne, comme le géant des Beaux-Arts : http://www.geant-beaux-arts.fr/papier-japonais-washi.html

    Tu me raconteras si tu commences à travailler dessus !

    Répondre

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