Mangeuse d'Art

Les Murales de Montréal

mdadsc04350mtlmurales1Décidément, je n’en finis pas de revenir à mon séjour à Montréal cet été. Quand on est amateur d’art et surtout d’art accessible, c’est une révélation d’y découvrir la quantité incroyable d’œuvres d’art en plein air, à disposition de tous, qui embellissent le quotidien. On appelle ces immenses fresques des « murales », au féminin. J’ai shooté presque toutes celles que je voyais (impossible d’être exhaustif), ce qui m’a bien sûr amenée à la question : mais pourquoi nous on n’a pas ça à Paris ?? Du coup, pour comprendre comment ça marche, je suis allée interroger quelques acteurs qui accompagnent des artistes locaux dans la réalisation de ces fameuses murales. Avant de découvrir ce qui se cache derrière ces fresques, faisons d’abord un petit tour dans les rues de la ville.

Noyés sous la peinture !

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En se promenant dans les quartiers de Montréal, vous verrez au minimum une bonne dizaine d’œuvres d’art dans la journée. Un parisien a beau vivre dans une « capitale culturelle », je ne suis pas sûre qu’il puisse en dire autant… Le street art est une vieille affaire à Montréal. Vous pouvez voir quelques archives dans cette histoire du street art graffiti à Montréal. Pour le présent, allez donc faire un tour sur cette carte interactive de la ville de Montréal, vous rendre compte par vous-mêmes du nombre de murales dont les habitants profitent.

Lors d’une promenade en août 2016, je suis tombée sur le festival « Under pressure ». Voyez le tableau : un bloc de rues devenues piétonnes pour accueillir les graffeurs qui allaient redécorer les rues pour l’année. Sur un toit derrière le mythique bar « Les foufounes électriques », la tente du DJ qui arrose les rues de son. Et partout des graffeurs et graffeuses qui penchent sur leur ouvrage. Voilà qui montre une partie des coulisses de la création murale foisonnante de la ville.

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Partout ailleurs, en descendant le boulevard Saint-Laurent ou en remontant vers Mile-End, pas besoin de tourner longtemps la tête pour tomber en arrêt devant une nouvelle création. Parce que oui, en plus, ça change assez régulièrement !

Les styles sont suffisamment riches pour que tout le monde s’y retrouve. J’ai démarré cet article avec des œuvres plutôt issues du monde du graff, mais dans la ville les artistes s’expérimentent à l’abstrait, le géométrique, le figuratif, le surréalisme… Outre les créations issues du festival Under Pressure, d’autres se rapprochent plus de l’art de rue voire des beaux-arts.

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Alors pourquoi pas nous ?

Pour comprendre ce qui marche si bien entre Montréal et le street art, il faut en comprendre quelques ingrédients. Mais sans avoir la recette complète, car dans l’ensemble c’est très très varié ! Chaque collectif ou artiste travaille différemment. J’ai donc préféré me concentrer sur les murales chapeautées par la ville, celles qui créent du lien entre les citoyens et les artistes.

Avant tout une culture différente

Une évidence pour commencer : Paris est une ville patrimoniale. Et bien que beaucoup de choses bougent au niveau de l’art urbain dans l’ensemble de la France, cela semble évident qu’une ville comme Montréal aura plus de champ libre en ce qui concerne l’espace public.

Mais pas que. Eva Rostain est coordinatrice de production dans l’art et la musique, elle a fait ses classes dans un festival d’art urbain et se construit sa notoriété dans l’événementiel. Je l’ai rencontrée par un ami commun qui m’a indiqué qu’elle saurait m’expliquer un peu le comment et le pourquoi. Comme souvent au Québec et à Montréal en particulier, et tant pis pour le cliché, les contacts sont faciles, les gens enthousiastes, les partages naturels. « Montréal est avant tout une plateforme culturelle, déclare-t-elle. Pas une journée sans qu’il ne se passe quelque chose, quand il y a un événement annuel comme les 375 ans de la ville, vous pouvez être sûr qu’il y aura des choses intéressantes absolument tous-les-jours!  »

Chez Ashop, une agence en art urbain fondée par un collectif d’artistes (les pionniers de la scène graffiti Montréalaise), c’est la même première réaction : « la culture de Montréal c’est un mix d’Europe et d’Amérique du Nord. Bien qu’il y ait beaucoup d’art de rue à Londres et en Europe de l’est, il suffit de voir Chicago, New York, Miami et Montréal, pour sentir la différence en termes de quantité et de qualité des œuvres de rue. »

Les Murales de Montréal, c’est tout un monde, toute une culture qui se laisse découvrir. Une culture où l’on met très peu de frontières, de labels ou de barrières à l’art. Et où le sens du collectif crée une vraie dynamique, où toute initiative peut être accueillie et acceptée, quel que soit le style.

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Tout un système

Mais ne nous y trompons pas : quand l’intérêt collectif est fort et la coopération un mode de vie, on est loin du laisser-faire. Le type de paradoxe difficile à comprendre pour un latin ! « C’est beaucoup de procédures pour un projet avec la ville, nous explique Eva Rostain. Une murale, c’est environ 8 mois pour recueillir toutes les approbations, il faut voir les propriétaires, les personnes clés des arrondissements, la ville, les collectifs d’habitants… »

Mais l’idée ne suffit pas, il faut aussi penser budget ! Au compteur, le matériel, la plateforme suspendue, les cannes, la peinture, l’assurance, les containers…  « De 5000€ à un demi-million d’euros », estime l’agence Ashop. C’est pour cela que pour faire une fresque, on peut trouver tout type d’organisation, de l’association au festival en passant par l’agence créative ou l’énorme studio de production.

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Et tout ça sans compter le ou les artistes ! Parfois Montréalais, parfois du monde entier, il semble que le débat sur la proportion entre artistes émergents et confirmés, locaux et internationaux, fasse débat. Et c’est très bien comme ça. Dans la catégorie « incontournables », le festival MURAL organise chaque année le renouvellement des fresques du boulevard Saint-Laurent, l’une des artères principales de la ville, pendant 11 jours d’événements à ciel ouvert. On y trouve une juste proportion de tout, et aussi de la grosse star comme l’autrichien Nychos (ci-dessus), et les français Jef Aerosol, C215 ou MissVan, ce qui fait toujours plaisir.

Une volonté politique

A l’image de ses habitants, « le maire de Montréal est très ouvert d’esprit et a compris l’intérêt du street art pour l’attractivité de la ville, pour que l’art soit partout. Même notre premier ministre est atypique et encourage toutes les initiatives d’ouverture et de diversité ! » nous dit fièrement Eva Rostain.

Montréal a fait (et gagné) le pari d’une politique d’embellissement de la ville. En donnant un canevas aux artistes, les gens s’approprient les rues. C’est le meilleur moyen pour qu’une culture du respect s’installe.

La ville a carrément une campagne dédiée au sujet et débloque des fonds chaque année pour soutenir les projets de murales. Ce n’est pas toujours facile, mais ça a le mérite d’exister, et le résultat est là. On y fait de l’art public, avec en partie de l’argent public ! Un pont entre le graffiti et les beaux-arts, tout en conservant et en respectant les murs de la capitale.

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En résumé, avec autant de variété et de richesse, Montréal est l’une des principales villes du monde à casser les stéréotypes du street art. Cette culture est tellement entrée dans les gènes que l’une des fresques réalisées avec l’agence Ashop fait partie du générique d’une grande chaîne d’info montréalaise.

Et tout ça s’exporte : à Los Angeles, Ashop a réalisé cet été une fresque de 46m de long avec plus d’une dizaine d’artistes, dans le quartier District des Arts. Jusqu’à Paris, où le MUR de la rue Oberkampf, l’un de nos rares exemples de ce genre, a récemment été réalisé par un de leur artiste Dodo Ose.

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Organisé, mais pas que.

Bien sûr, tout ne coule pas de source, et il arrive que les habitants posent leur veto à certains projets. Les artistes subversifs et l’art engagé ne vont pas toujours dans le sens d’une esthétique grand public. Et le vandalisme pur, l’ADN du street art, continue d’exister partout.

Eva Rostain a par exemple co-produit le clip choc « Army of vandals » de l’artiste Miss Me, en collaboration avec le Centre Phi (dont j’avais d’ailleurs adoré l’expo sur l’art et la réalité virtuelle). L’art de Miss Me est féministe. Elle s’insurge contre la féminité préconçue et l’importance démesurée de l’apparence des femmes en société. Son personnage-symbole est une femme ne portant qu’une cagoule et un t-shirt remonté pour dévoiler ses seins, qui sont en quelque sorte le véhicule de l’artiste pour dépeindre les nombreux visages de la féminité : agressivité, douceur, impolitesse, agacement. Pas sûr que ça parle à la mamie du quartier !

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Mais c’est aussi le jeu, on ne pourra jamais avoir de consensus sur la beauté. Même au sein des équipes, le choix de telle ou telle œuvre suscite toujours des débats. Reste que Montréal nous offre une belle leçon d’acceptation, dont les premiers bénéficiaires restent ses heureux habitants. De là à y trouver un lien entre nos façons très contrastées d’accepter les différences, il n’y a qu’un pas que je vous laisse le soin de franchir !

Pour aller plus loin : un reportage tv sur l’agence A’shop

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    Tags: c'est, me, a, se, artistes, art, street, collage, accessible

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