Mangeuse d'Art

Une poésie pour Paris

Vue de Paris depuis le Centre Pompidou

A Paris, trouver de l’art c’est facile. Il suffit d’entrer dans un musée, de s’arrêter devant une galerie, de regarder simplement les murs de la ville. Mais on peut dire que l’œil est plus souvent sollicité que l’oreille. Pourtant la beauté vient aussi dans les mots entendus, dans la poésie de la ville qui fait naître à son tour des poèmes.

J’assistais il y a quelques jours à une représentation publique d’élèves de cours de diction, un exercice à la croisée du théâtre et de l’éloquence. J’y ai entendu, au milieu d’autres textes tirés du répertoire classique, le texte très personnel d’une jeune italienne, Marta Salogni. Le poème m’a plu, il parle de l’amour que l’on peut porter à Paris, tout autant que des amours que l’on peut y vivre, et qu’aimer l’un amène à aimer l’autre.

Marta a posé ses valises à Paris pour « fuir la crise à la recherche du bonheur », ayant trouvé dans les rues de cette ville un peu de ce qu’elle recherchait. Puis elle y a aussi trouvé l’amour. C’est en se nourrissant des sources « inépuisables » de Paris telles que le théâtre, la musique et la poésie, qu’elle est venue à la composition de ce poème. Il vient concrétiser sa passion découverte grâce à la capitale : le théâtre et la lecture à voix haute. « Je laisse ma curiosité m’amener par le bout du cœur, m’explique-t-elle, et je laisse les portes grandes ouvertes à tout ce qui pourra se présenter sur mon chemin !  »

Je me suis dit que ce serait une belle chose à partager avec vous cet été. Un texte d’émerveillement, où l’auteure joue avec le français, fait rouler les mots d’argot et raconte son histoire avec Paris.

L’amoureuse de Zacharie

Zacharie a les yeux noirs et heureux.
Il est beau, mais il ne le sait pas et ça lui rend service.

Il est barbier, comme étaient son père et son grand-père avant lui, mais il perd déjà ses cheveux et il préfère se raser. Pour compenser, il s'est laissé pousser la moustache.

Il sourit souvent, il semble léger, allègre, joyeux.
Il me dit des mots doux, mais jamais sirupeux, il me fait me sentir en sécurité.

Il a décidé, peut être il a su, dès le premier instant que j'étais la bonne fille pour lui. Sa meuf.
Il l'a dit à sa maman, mais sa maman déjà le savait car une voyante lui avait prédit quelques années auparavant.

Zacharie est honnête, éveillé, curieux de tout. Il fait l'amour avec moi comme si j'étais la première, la dernière, l'unique. Il me fait me sentir belle.

Il est amoureux, il m'a fait tomber amoureuse.

Zacharie a parfois envie de partir. La même envie je l'ai moi aussi, mais quand je lui dis, il semble avoir plutôt envie de rester. Pour l'instant, on reste.

On habite à Paris, en banlieue, à 500 mètres l'un de l'autre.

La première fois qu'on est sortis ensemble il n'y a pas eu le moindre malaise, même pas de silence, pas même une minute.

Avec lui, je me sens de plain-pied.



Je voudrais que ça dure toujours, qu'on s'aime toute la vie.
Je voudrais qu'on voyage. Ça fait deux ans que j'habite ici, que j'habite à Paris (note pour les parisiens : c'est pas vrai, j'habite à Clichy et ce n'est pas Paris, mais le reste du monde n'en connait pas la différence).

Aujourd'hui je suis heureuse d'habiter ici, car depuis que j'y habite je suis beaucoup plus souvent heureuse que triste, alors qu'avant c'était l'inverse.
Je me dis, par contre, que je ne le serai pas pour toujours, qu'un jour ou l'autre je devrais partir.


Parce que Paris, contrairement à Zacharie, elle sait être belle, et en conséquence elle est trop exigeante, elle se la pète un peu et rend tout plus difficile.

Paris s'embellit beaucoup mais se lave peu, et pue sous les ponts et dans le métro.
Paris est chère, dédaigneuse, hautaine, mais belle à couper le souffle, à ne pas la quitter des yeux, et elle déroule sous mes pieds un tapis de distractions et de divertissements dont je n'arrive pas à me lasser, dont je ne veux pas me passer.

Elle me nourrit d'art, de musique, de poésie, de violoneux inattendus sous les ponts puants, de bulles de savon géantes devant Pompidou, de chemins de fer abandonnés dévorés par les ronces et par l'herbe, d'aqueducs fleuris au-dessus de la ville, de jardins secrets, de bars cachés derrière une machine à laver, et d'une vue toujours magnifique, magnifique.

C'est pour ça que j'ai décidé de rester. Ou peut être parce que rester est plus facile que partir.

 

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